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Il a dû falloir au poète (il, elle) une énergie patiente, une sauvage révolte toujours à l'affût pour retourner à son « rectangle clair du papier qui la hèle, la hale (... ) impérieux». Il a dû y avoir l'évidence de l'inspiration, soudain douce et consolante mais aussi le froid, le vide, également le harassement du quotidien. Mais tout est né, de ce que dictaient en poésie, les violences des éléments, le sang perdu, les cellules en combat, les petites morts et les rebonds.

La fraternité de poètes de même parage a encouragé, renouvelé, établi ce besoin de louanger, constater, méditer. La dureté de la vie, l'évidence de certaines joies ont développé ce qui existait déjà : un culte de la pudeur, de la mesure indispensable, si l'on veut que la référence à l'Universel soit durable. Le poète (il, elle) a écrit pour Autrui. Je suis autrui, conforté, et ma gratitude me poussera à dire ces poèmes, comme j'ai dit Éluard, Char, Follain, Cadou, Chedid, Reverdy et bien d'autres, pour améliorer un public concerné, le rendre plus fraternel. Je les dirai pour le « mieux vivre » de mes enfants (au nombre de cinq également). Je les dirai aussi pour les grands inconsolables. Espérant qu'ils méditeront d'une façon ou d'une autre: «que la mort n'aura pas eu le dernier mot».


Daniel Gélin.






          Ce sont des chambres d'humus, de mousse intime dans le clair-obscur du sous-bois sans témoin ni voyeur, avec ses enracinements, ses explorations, ses recueillements idolâtres.

          Ou alors, suspendues dans les arbres, des cabanes traversées de ciel. La parade, la quête intrépide et les dons dilapidés. Ni ruines ni cendres, rien que le phénix des saisons, le vent et sa ferveur. Ou encore, loin des lisières incertaines, ces clairières pour les étapes furtives entre deux vélos échoués à même les fougères. S'accoster, s'enclaver dans l'urgence. La fougue ignore le terreau humide, défie fourmis ou araignées, se grise de parfums de champignons écrasés, d'écorces résineuses.

          Chambres forestières, champ clos toujours vert : la hampe dressée des jeunes jacinthes et cette violette découverte avec précaution en écartant les lèvres d'herbes. L'embranchement des arbres, l'écartèlement de ton corps.

          Au couvert des épilobes, conspiration du plaisir ; étourdissement ; bouches endolories, pulpes des doigts éraillés. Nos yeux accompagnent les fils de la vierge balancés, loin, au-delà du tamis des feuilles, dans un jet de lumière bruissante.
(forestières)