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Feux dans la nuit rassemble l'essentiel de l'œuvre poétique de Colette Nys-Mazure publiée depuis plus de trente ans, augmentée d'un recueil inédit écrit dans la demeure d'enfance de Marguerite Yourcenar. La poésie serait de l'ordre du feu : elle éclaire et réchauffe au cœur des pires ténèbres. Vivre en poésie, ce serait interroger chaque visage ou paysage, reconnaître la connivence qui nous unit à l'univers. Etonnement, émerveillement, mais aussi rébellion contre ce qui réduit et obscurcit la splendeur de l'être.

EXTRAIT

Au Mont-Noir de jour et de nuit
(Demeure nomade)

Demeure aux fenêtres éclairées
lampes vigies
fanal à flanc de prés pentus

Dressée
ferme et sans arrogance
dans la nuit l'encre

Entre les arbres étagés
veilleuse du Mont Noir
visible alentour phare immobile

*

Tu meurs dans l'embuscade du matin
merveilles mises au jour
par les plongées sacrilèges

Tumultes des songes apaisés
comme le flots se calmerait
sous les pas du soleil (...)

*

Le jour plie bagages
la lumière s'attarde
entre les pommiers centenaires

Les lointains se retirent
dans l'indistinct
s'effacent s'oublient

La chouette chevêche
à l'angle de la Villa
crie l'extinction d'une ère

*

Tu vas rentrer au couvert des frontières
creuser en toi
l'aire d'écriture

Sable sur lequel tracer tes signes
toujours incertains
pudiques

(in Longue demeure)

Chanson pour un matin de Pâques
(La Vie à foison)

Mes enfants sont dans les arbres
J'ai ouvert la cage
La maison respire dans la lumière
          et le soleil pénètre par la porte
                   qui ouvre les bras
La poussière chante dans les rayons obliques
                                                     de ce matin léger
Le Seigneur s'est introduit dans ma maison
           et Il s'est assis : comme il fait bon chez toi
Je travaillais je ne L'avais pas vu entrer
Alors j'ai posé mon ouvrage
          et je me suis assise près de Lui
Et j'ai regardé avec Lui l'éclat de ce jour

Symbiose
(D'amour et de cendres)

homme à la femme confondu    bouches ensevelies délivrant les paroles corporelles    les mains reconnaissent découvrent leurs territoires    les corps s'affrontent se défient se défont    et toujours se resserre l'étreinte prenants pris saisis donnés     qui départagerait les offrandes les butins?

dehors    la nuit ou le jour pèse sur la terre    le soleil troue le feuillage ou la pluie pénètre la mer    qu'importe    chacun dit à sa façon l'alliance et le plaisir déferlant    le cri d'aise    la solitude rompue